Afin de promouvoir une inclusion significative, nous devons bâtir des communautés qui accueillent les dons et contributions de chacun de leurs membres.

Récemment, j’ai participé à « From Presence to Citizenship Learning Exchange » à Toronto. Pour être honnête, je ne voulais pas m’y rendre, parce que je trouve souvent frustrantes ces conférences sur le « secteur des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle » – elles sont remplies de grandes idées et de paroles inspirantes, mais est-ce qu’elles nous guident afin d’améliorer la vie des personnes que nous soutenons ? Toutefois, L’Arche ayant besoin de faire partie de cette conversation, je me devais d’y être présent.
Personnes conduisant le changement ensemble
Le principal conférencier était Paul Born, un leader mondial dans l’impact collectif et dans l’innovation des communautés, qui utilise ses dons pour partager des histoires et faciliter les conversations afin de mobiliser les personnes à bâtir des « communautés pleines de vie ». En milieu de matinée, il a été rejoint via internet, par Peter Block, auteur, consultant et conférencier dans le développement d’organisation, la construction de communauté et l’engagement civique.

Dessus: Paul Born
Dès que Paul est monté sur scène, on pouvait sentir l’énergie monter dans la salle. Avec la passion d’un prêcheur, il a partagé des histoires de son expérience lors des premières années du mouvement d’inclusion – avant que les règlements, les services et les normes soient ancrés, quand vous deviez être créatif, prendre des risques et être coopératif pour permettre que des choses se passent pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, beaucoup d’entre elles tout juste sorties d’institutions.
Paul nous a encouragés à percevoir la déficience intellectuelle sous un éclairage nouveau, comme des dons qui doivent être partagés, quelque chose dont le monde a besoin, une source de transformation. Il a nommé différents visionnaires qui l’avaient inspiré : Wolf Wolfensberger (normalisation), Personnes D’Abord (auto-intervenants), et Jean Vanier (L’Arche). La vision et l’expérience vécue par Paul auprès des personnes en situation de déficience, ont été fondamentales dans son travail subséquent pour la diminution de la pauvreté, un chemin qui l’a amené à la co-fondation du Tamarack Institute.
Paul ne s’est pas restreint à la résolution des problèmes complexes du secteur des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle. Plutôt, il nous a encouragés à explorer le pouvoir de la communauté, accueillant les dons et libérant l’impact collectif de la collaboration. Il nous a invités à quitter notre « silo » pour un plus grand espace de construction communautaire, le seul moyen pour qu’une vraie inclusion soit possible. Cela m’a rappelé le Citizen Network qui établit : « Nous sommes tous citoyens, nous sommes tous égaux et tous pouvons contribuer. Mais cette contribution ne peut être réalisée que par la communauté – en travaillant avec d’autres. »

Le pouvoir de communauté
Certains des savoirs que Paul Born à découvert au fil des ans ont été rassemblés dans son livre Deepening Community – Finding Joy Together in Chaotic Times. Il raconte qu’on lui pose souvent la question : « Quelle est la chose la plus importante qu’une personne puisse réaliser pour faire une différence dans le monde ? » Il répond : « C’est simple, apporte une soupe au poulet à ton voisin ». Alors que la réponse est simple, « le fait d’apporter une soupe au poulet… demande un certain travail ». Tu dois connaître tes voisins, ce qu’ils aiment, leurs besoins, leurs cultures, et s’ils veulent de ton aide. Être un bon voisin, cela demande du temps, de l’énergie et de l’engagement.
La communauté, c’est la collaboration, le soutien mutuel, le sens du bien commun et l’expérience d’appartenir. L’appartenance se crée par « des actions mutuelles d’attention qui se produisent régulièrement ». Autour d’un feu de camp, partageant des histoires, prenant des repas ensemble, nous devenons des amis qui s’appartiennent l’un l’autre, qui s’aident l’un l’autre, non seulement dans un soutien mutuel, mais dans le but de devenir de meilleures personnes. Pour Paul, il est clair que nous ne pouvons séparer citoyenneté et appartenance; « parce que j’appartiens, je deviens citoyen ».
Et nous savons l’impact des éléments destructeurs de communauté – l’isolement et la solitude, un fléau des temps modernes. Des études montrent que la solitude chronique est mauvaise pour la santé, pire que l’obésité et similaire au fait de fumer. Dans une ère de :
- « communautés superficielles » qui s’appuient sur des années d’individualisme, de consommation et de dépendance excessive envers les professionnels pour répondre à nos besoins ou bien,
- « communautés basées sur la peur » qui nous unit par notre opposition à ce qui nous menace ou nous dérange,
le besoin d’une « communauté profonde » n’a jamais été aussi grand.
Conversations communautaires
Durant la matinée, Paul a créé des groupes de trois personnes qui ne se connaissaient pas pour s’entraîner à s’écouter – une expérience incroyable pour bâtir la communauté. Paul a attribué cette pratique à Peter Block qui nous a rejoints via internet depuis sa maison à Cleveland. Peter nous a emmenés plus loin dans l’importance des conversations – surtout avec des personnes qui diffèrent de nous et que nous n’aimons peut-être pas. Il nous a donné un aperçu de son travail, nous encourageant à parler de possibilités plutôt que de problèmes.

Dessus: Peter Block
Comme Paul, Peter nous a encouragés à accueillir les dons qui viennent avec les déficiences et a parlé du pouvoir de la communauté – des statistiques montrent que notre santé et notre bonheur sont déterminés par notre capital social, notre réseau relationnel et d’appartenance. Avec John McKnight, cofondateur d’Asset-Based Community Development (ABCD), Peter a écrit Abundant Community, qui explore les différentes façons dont le voisinage peut accueillir les dons de chaque membre pour bâtir une vie remplie d’espoir.
Une vision pour le futur
Le mouvement en faveur de la diversité et l’inclusion débute dans l’appartenance. Les personnes ayant une déficience intellectuelle et autres personnes vulnérables ou marginalisées ne peuvent pas être incluses, s’il n’y a pas une communauté accueillante à laquelle elles peuvent appartenir et contribuer avec leurs dons uniques et leurs capacités. L’Arche et les organisations représentatives des personnes en situation de déficience ont besoin d’imaginer leur mission centrale autour de la construction de communauté, au lieu de la prestation de services, si nous voulons un plus grand impact.
Et les personnes en situation de déficience ont besoin de prendre leur place en tant que coresponsables et co-apprenantes dans ce processus de transformation du système et de construction de communauté. Ce n’est pas suffisant pour elles de « rentrer » dans les normes de la société, elles ont besoin de prendre un rôle actif dans le processus de changement de ces normes. Les dons liés à la déficience et aux individus en situation de déficience sont essentiels dans la création de communautés dynamiques et pour une société plus humaine.