Galeries-photos

2010-12-16 08:36:23

Snoop m'a appelé tout à l'heure. Il voulait savoir comment j'allais, puisque j'habite près des Cayes et qu'il sait que des manifestations ont lieu dans toutes les grandes villes du petit pays qu'est le sien. Dans sa voix, il y a avait comme une hésitation, à chaque début de phrase...

- Snoop, kisa m'ap tande kap fè bwi konsa deyè ou?
- Ah! Ou tande'l? Se bal kap tire. Bagay yo komanse dejenere nan zòn la.


Et pourquoi vous ne partez pas, si les choses dégénèrent et qu'il y a des coups de feu?

La ligne coupe.

Ça arrive tout le temps, que je me dis. Alors je compose le numéro de mon ami, que tout le monde surnomme Snoop. Je compose et ça sonne...

Allo!

- Wi mwen la wi.
- Poukisa ou mèm avèk menaj ou, nou pa al rete yon lòt kote pou kèk jou?


Jo, je ne peux pas aller ailleurs, sinon on me volerait ce que j'ai, tout mes biens, dans ma tente. Mais ça va, ici, y'a presque pas de coups de feu.

Quoi?

Ça coupe. La ligne, je veux dire.

Je recompose, ça sonne. C'est un peu ça que ça fait, les téléphones. On compose, ça sonne, ça coupe, puis on recommence. C'est un jeu de patience en soi.

J'ai rencontré Snoop il y a plusieurs mois, pendant que moi et K., mon ami photographe danois, on se promenait sur le Champ-de-Mars, juste devant le Palais National. Snoop et ses amis, se sont des jeunes d'entre 15 et 30 ans, qui du jour au lendemain se sont retrouvé avec la chance de vivre dans la rue, avec tout plein d'organisations pour leur donner des trucs bien comme des tentes, des sceaux, de l'argent, de l'eau. Ils se sont même dits qu'avec un peu de chance, on leur donnerait une maison à quelque part. C'est la rumeur qui circulait dans la plupart des camps, d'ailleurs. Et de toute façon, la plupart de ces jeunes, ils étaient dans la rue bien avant le séïsme, alors pour une fois que tout plein d'entre eux n'étaient plus des vagabonds!

On s'est lié d'amitié, parce qu'ils sont jeunes et simples, et moi, jeune et compliqué. Si j'y savais quelque chose, je dirais que l'on se complète étonnement bien eux et moi. Je les intrigue, ils m'impressionnent. Et le plus souvent, on rit.

Si je vous montre ces fotografies aujourd'hui, c'est que je veux vous les présenter. Parfois, dans la vie, il faut bien présenter aux autres nos amis.

Khalil Gibran dit de l'amitié qu'elle ne doit avoir d'autre but que l'approfondissement de l'esprit.

Lorsque je prends le temps de parler de ces jeunes, avec les gens de Chantal ou de Port-au-Prince, j'ai constamment un visage qui s'illumine, dégoûté.  Ce sont, pour la plupart des honnêtes citoyens de ce pays, des jeunes qui ne cherchent que les problèmes, des voleurs, des fumeurs, de la racaille. Est-ce parce que nous avons peur, dans notre fragilité, de ceux qui sont si délaissés?

Ces jeunes sont: voleurs, fumeurs, sans domiciles fixes; ils aiment se bagarrer, boire, faire l'amour. Je l'avoue sans gêne. Mais c'est étonnant de voir qu'on les prend pour un problème en soit, et non pas comme la conséquence d'un problème plus grand. Une question de regard, j'imagine.

Et Snoop qui m'appelle, s'inquiétant de mon sort.

Je recompose, ça sonne...

Ça va Snoop? Wi, nou la.

J'ai jamais rencontré un étranger parler de mon pays avec autant d'amour.  À travers tes textes, je peux déceler une réelle affection pour ces gens que tu aides. J'espère que tu vas enfin déposer tes vieilles chaussures de voyage et rester parmi nous pour toujours. On a besoin de toi ICI.

Gaby Saget, Journaliste à Radio Métropole et lauréate du Prix RFI - Reporters sans frontières – OIF -prix francophone de la liberté de la presse 2009  ainsi que du prix Alexis Joseph décerné par SOS-Journaliste en Haïti

Jonathan Boulet-Groulx , c'est un autodidacte de l'humanitaire, un reporter du bonheur, un nomade de la photo, un écrivain de l'humain, un artiste de la fragilité humaine. Son blogue Mwen pa fou, consacré à la déficience intellectuelle en Haïti, est devenu un lieu de référence pour suivre de l'intérieur la vie haïtienne, après le 12 janvier et, en particulier, la place des personnes touchées par la déficience intellectuelle dans la reconstruction d'Haïti .

Jean-Louis Munn, Directeur des communications, L'Arche Canada


Jonathan vit depuis mai 2009 dans la petite communauté de L'Arche de Chantal dans les Cayes.


 

SOLIDARITÉ  ACTION - LAISSEZ VOS COMMENTAIRES 

Je vous demande de laisser votre griffe sur ce blogue. Tout vos commentaires seront rassemblés et envoyés aux personnes pouvant influencer la situation des personnes déficientes intellectuelles dans la nouvelle Haïti.
 Ce sera un gran cri du coeur que nous ferons ensemble. Merci anpil! Jonathan


Suivez ce blogue

Commentaires

Michel Boyer
2011-01-15 19:40:50
Rose-marie
2011-01-12 12:42:16
2010-12-09 20:32:50
fabrice
2010-12-08 07:36:53
Evelyne Verdier
2010-12-05 14:15:10
jeanne m bellabe
2010-12-02 23:25:06
Jocelyn Girard
2010-11-05 14:16:51
Gaby Saget
2010-10-19 11:10:01
Nicole delquiny
2010-10-01 10:01:05
Florence Délimon Théramène
2010-09-11 16:09:05
Gaby Saget
2010-09-07 16:47:10
Rose-marie
2010-07-11 08:19:02
Foyer La Source (Arche Joliette)
2010-06-07 20:09:11
2010-06-01 15:44:46
Gaby Saget
2010-05-26 16:25:14