Mon eau goûte le chlore, choléra oblige. Mon nez ne supporte plus l'odeur de la viande morte, tremblement de terre oblige. Mes yeux sont mouillés en permanence, inondations obligent. Mes oreilles devenues sourdes, élections obligent. Une année qui marque le corps, autant que l'âme. Une année de surprises, et de choses moins surprenantes aussi. Une année où le handicap a prit une place spéciale - comme devenu réalité - dans l'esprit des haïtiens. Une année qui se termine en espoir, mais pas en attentes vaines.
Un espoir de changement; de changement de regard. De la société face à ses victimes, de la population face à la réalité du handicap au pays. Un changement de regard, aussi et surtout, de la part des pays qui peuplent cette jolie planète et qui regardent d'un œil un peu déconcerté, Ayiti Chéry.
J'écris ce texte, ce dernier de l'année, comme je l'ai fait pour tous les autres. Voici ma recette: une douche, bien froide. Un ou deux (parfois trois...) biscuit sucré préparé par ma voisine, à base de noix de coco. La même musique peuple mon imaginaire et me laisse la place nécessaire à la parole: Yann Tiersen, l'album d'Amélie Poulain. C'est la seule musique acceptée dans la pièce, lorsque je me mets nu devant l'écran.
D'ailleurs, cet écran, il est presque aussi blanc que mes orteils. Dans la clameur d'un 31 décembre, le soleil, dehors, se moque de mes fesses qui ne l'ont jamais vu. Il en faut un pour rire!
J'aimerais avoir une ou deux résolutions, pour la prochaine année, mais je préfère mettre un pied devant l'autre et aller m'asseoir dans mon hamac suspendu entre deux nuages. J'aime bien les imprévus, alors pourquoi faire le contraire?
Il me reste beaucoup d'histoire à vous conter. Celle de Miss Anayiz, que j'ai rencontré récemment. Celle d'Angelo et de sa famille, aussi. Sans oublier l'histoire cocasse de la poule de mon voisin, et celle un peu moins drôle de l'homme mis en prison sans raison.
Je vous laisse, en cette fin d'année (ou ce début d'année, puisque vous ne lirez ces quelques mots que bien des heures après la fête et le champagne!), sur les paroles de M, responsable de foyer de L'Arche, ici même, à Chantal.
Le moment est le suivant: quelques jours avant Noël, dimanche de sueur et de fête, les deux foyers de L'Arche réunis. Période de grands bouleversements au pays, manifestations, désordre dans les villes, élections. Le tambour de la fête s'arrête, le temps d'un discours...
"Mes amis, pendant que dehors, les gens se rassemblent pour manifester, crier, brûler, nous aussi, assis autour d'une table simple, nous nous rassemblons pour manifester. Manifester et fêter l'amitié et l'amour qui nous unissent les uns aux autres."
Je vous souhaite de merveilleux jours, en cette nouvelle année.
Paix
J

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