Pardon, je vous induis en erreur.
C’est que justement, Haïti n’a pas changé depuis mon départ. Les rues de la ville sont les mêmes, avec des tonnes de briques en plus, misent là par des citoyens à mains nues. Ici comme ailleurs sur notre planète, un ordinaire habitant de la capitale veut reprendre un semblant de vie normal.
Le ciel était beau à mon arrivée à Carrefour. Orange comme le ciel de Montréal la nuit, mais ici c’était sans électricité. Du naturel natif-natal comme on dit.
Et la vie? Le quotidien? La dure réalité?
Les enfants grimpent maintenant sur les toits du voisinage, sur les toits fragiles supportés par des demi-murs; comme quoi la mémoire est une faculté qui oublie. Les cerfs-volants ont repris leur droit, dans les vents qui surplombent la ville. On fait à manger, et les odeurs se mêlent au nectar serein des déchets de la rue. Ça ne sent pas mauvais, juste différent.
Hier, je descendais vers la petite boutique du quartier, j’avais terriblement envie de biscuits secs à la noix de coco. Une foule de ti-moun s’est rassemblée autour du blanc que je suis, pour toucher mes cheveux et me faire rire.
Ils y sont arrivés, aux deux je veux dire.
Puis, j’ai tenu un fil de pêche dans ma main, essayant tant bien que mal d’y faire voguer au bout un morceau de tissu devenu voile pour les rêves… J’étais peut-être à cent pieds dans les airs, quand de vent j’ai manqué. Le cerf-volant est venu s’écraser par terre, faisant voler en éclat le rire des enfants.
C’est intéressant de remarquer à quel point la communauté de L’Arche, ici à Carrefour, est un lieu central pour les gens du quartier. Peut-être parce que ça fait des dizaines d’années qu’ils sont ici, ou peut-être est-ce parce que la barrière invisible qui tenait les gens loin des handicapés s’est volatilisée avec le tremblement de terre.
Le regard ne change pas rapidement dans les sociétés, mais parfois, il est de ces évènements qui rappellent à notre humanité combien nous avons besoin les uns des autres.
Puis je pose ma tête sur l’écorce d’un cocoyer, fermant les yeux et rêvant maladroitement d’un pays imaginaire : beau, chaud, doux, où après un tremblement de terre, la complète reconstruction du pays se ferait selon les volontés et les ordres des personnes touchées par une forme d’handicap. L’inclusion serait totale, me dit une voix endormit au fond de mon être.
J’ai le sourire léger, et la bave au coin de la bouche… je dors déjà, à l’ombre d’une reconstruction en devenir.
J
p.s. Aucun cerf-volant n’a été blessé pendant le tournage de ce blogue…

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